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Des jeunes Marocains séquestrés en Birmanie pour travailler de force dans des centres d’arnaques en ligne
Près de 200 Marocains seraient retenus dans des camps dirigés par des réseaux mafieux spécialisés dans la cybercriminalité. « Le Monde » a pu échanger avec deux anciens détenus et des familles de victimes.
Propos recueillis par Alexandre Aublanc
Publié le 15 mai 2024
L’histoire dont bruissent depuis près de deux semaines les journaux au Maroc est aussi étonnante qu’inquiétante. Près de 200 Marocains, hommes et femmes, seraient détenus, certains depuis plusieurs mois, par des bandes criminelles en Birmanie. Selon un comité constitué par des familles de victimes, le ministère marocain des affaires étrangères aurait reçu à ce jour le signalement de 158 cas de citoyens séquestrés.
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Comment des Marocains, âgés de 20 à 30 ans, se sont-ils retrouvés, à l’autre bout du monde, aux mains de réseaux mafieux ? Le Monde a pu échanger avec deux anciens détenus de retour au Maroc ainsi qu’avec trois familles dont des membres sont toujours en captivité. Leurs témoignages, livrés sous le sceau de l’anonymat, ont été expurgés de toutes les informations susceptibles de révéler l’identité des victimes. « Un Marocain a été torturé par ses gardiens après qu’il a diffusé une vidéo sur Internet pour alerter sur sa situation », confie un parent, effrayé à l’idée qu’un même traitement soit réservé à son enfant.
Les récits et informations auxquels Le Monde a eu accès pointent tous le même mode opératoire. Les victimes, étudiantes ou employées, sont contactées par des inconnus, eux aussi marocains, le plus souvent en ligne bien qu’un cas d’approche directe, à travers un « voisin », ait été rapporté par une personne qui résidait alors en Europe.
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Rapidement, le complice questionne son interlocuteur sur ses compétences en vente ou en informatique, avant de lui proposer un emploi dans l’e-commerce. Un poste serait à pourvoir, explique-t-il, dans une entreprise en Thaïlande pour un salaire confortable, avec un bonus à la clé. Afin de gagner la confiance des victimes, de faux entretiens préalables sont organisés à distance avec de prétendus responsables sur place.
Triades chinoises
Une fois l’offre acceptée, la personne est invitée à prendre un avion pour la Malaisie, un pays qui n’exige pas de visa pour les ressortissants marocains. Le billet et l’hébergement à l’hôtel sont à la charge des fraudeurs. Tout est fait pour que la victime se sente dans les meilleures conditions. Elle séjourne ainsi deux ou trois jours à Kuala Lumpur, sans rien débourser de sa poche, le temps que soit établi son visa pour la Thaïlande. Le jour de son arrivée à Bangkok, une voiture avec chauffeur l’attend à la sortie de l’aéroport.
« L’homme au volant m’a dit qu’il m’emmenait dans la ville où j’allais travailler. J’étais épuisé, je me suis endormi. A mon réveil, j’ai compris que je n’étais pas là où je devais être », relate Karim (tous les prénoms ont été modifiés). En réalité, l’homme de 22 ans, jusqu’alors salarié aux Emirats arabes unis, ne se trouve plus en Thaïlande mais en Birmanie, dans l’Etat Karen.
La région, un des épicentres de la lutte armée qui oppose des mouvements de rebelles à la junte au pouvoir, abrite d’innombrables camps de travail spécialisés dans les arnaques en ligne. Pullulant le long de la rivière Moei, qui marque la frontière avec la Thaïlande, ces complexes dévolus à la cyberfraude sont pour la plupart sous la coupe d’organisations mafieuses chinoises.
Avant que son téléphone ne soit récupéré par ses geôliers, Karim a eu le temps de transmettre sa géolocalisation à ses parents. Les coordonnées mènent à des baraquements à moins d’une heure de route au sud de Myawaddy, le centre névralgique de la criminalité numérique en Birmanie. L’association entre les triades chinoises et des milices locales dépendant de l’armée birmane est connue. Proche de Myawaddy, la zone de Shwe Kokko, financée en partie par des capitaux chinois, en est l’emblème. Mais depuis la pandémie de Covid-19 et la guerre que se mènent la junte et la résistance armée, les revenus tirés de ses casinos et jeux clandestins se sont taris.
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