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Les centres d'escroquerie au Cambodge restent actifs malgré une répression accrue

Posté : mar. 9 juin 2026 17:44
par dreamman
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L'avertissement d'Amnesty International concerne également la Thaïlande. De nombreux réseaux criminels en Asie du Sud-Est opèrent au-delà des frontières. Les régions frontalières entre le Myanmar et la Thaïlande, en particulier, sont devenues tristement célèbres ces dernières années pour la cyberfraude à grande échelle, le trafic d'êtres humains et le travail forcé. Selon des chercheurs internationaux, le Cambodge, le Laos et les Philippines jouent également un rôle majeur dans ce monde criminel en pleine expansion.

Rapport de 176 pages
Amnesty International a publié lundi un rapport de 176 pages sur la situation au Cambodge. L'organisation basée au Royaume-Uni y indique que des dizaines de centres de fraude restent actifs malgré la répression officielle.

Selon Amnesty International, de nombreuses actions gouvernementales ont été « réactives, inefficaces » ou compromises par une collusion présumée entre les responsables des complexes et la police. D'après l'organisation, des survivants ont déclaré avoir été déplacés à travers le pays pendant la campagne pour échapper aux contrôles.

D'après Reuters, les ordinateurs et postes de travail saisis lors d'une descente de police dans un hôtel de Phnom Penh le 11 mars 2026 témoignent de l'ampleur qu'a prise ce secteur. Ces lieux de travail constituent le cœur des opérations d'escroquerie internationales, où les victimes du monde entier sont approchées par messagerie instantanée, réseaux sociaux, faux placements ou arnaques sentimentales.

Le Cambodge rejette les critiques
Le gouvernement cambodgien contredit les conclusions d'Amnesty International. Chhay Sinarith, ministre chargé de la lutte contre les escroqueries en ligne, a déclaré que le Cambodge « n'accepte pas » que le pays reste inactif face à la fraude en ligne.

Il a qualifié le rapport de « sélectif et partial », affirmant qu'il ne tenait pas suffisamment compte de la réalité du terrain. Selon lui, Amnesty International ignore l'ampleur et la continuité des actions répressives menées à l'échelle nationale, notamment les opérations policières coordonnées, les arrestations, les saisies et le démantèlement des réseaux criminels dans plusieurs provinces.

Le gouvernement cambodgien affirme que lutter contre ces réseaux est difficile car ces organisations opèrent à l'échelle transnationale, changent rapidement de forme et sont délibérément conçues pour échapper à la détection.

L’Asie du Sud-Est, épicentre de la cyberfraude
L’Asie du Sud-Est est devenue ces dernières années un centre majeur de la cyberfraude mondiale. Depuis la pandémie de COVID-19, d’importants réseaux de fraude ont proliféré au Cambodge, au Laos, aux Philippines et dans les zones frontalières de non-droit proches du Myanmar et de la Thaïlande.

D'après des chercheurs internationaux, de nombreux complexes sont gérés par des réseaux criminels chinois. Ils abritent des dizaines de milliers de personnes. Certaines y travaillent volontairement, mais beaucoup d'autres sont victimes de trafic d'êtres humains. Elles sont attirées sous de faux prétextes, avec la promesse d'un travail bien rémunéré, puis leurs passeports sont confisqués et elles sont contraintes d'extorquer de l'argent à leurs victimes en ligne.

Pour les observateurs extérieurs, cela ressemble parfois à un travail de bureau ordinaire : des rangées d’ordinateurs, des casques sur les oreilles, des fenêtres de chat ouvertes. Mais derrière ces écrans se cachent souvent menaces, abus, dettes et emprisonnement. Ceux qui ne rapportent pas assez d’argent risquent la violence ou d’être vendus à un autre complexe.

Des milliards de dollars de pertes pour les victimes du monde entier
Reuters indique n'avoir pas été en mesure de confirmer de manière indépendante toutes les allégations d'Amnesty International ni toutes les déclarations du gouvernement. Cependant, des journalistes de Reuters se sont rendus dans des centres d'escroquerie abandonnés ou saisis au Cambodge et ont interrogé les personnes impliquées. Ils y ont découvert des preuves d'abus et de fraudes à grande échelle, au cours desquelles des victimes du monde entier ont été spoliées de milliards de dollars.

Les gouvernements étrangers accentuent la pression sur Phnom Penh et d'autres pays de la région. Les États-Unis estiment que les Américains ont perdu 10 milliards de dollars à cause d'escroqueries perpétrées dans les seuls centres d'escroquerie d'Asie du Sud-Est en 2024.

Ce montant en dit long sur l'ampleur du problème. Mais derrière chaque chiffre se cache une personne qui pensait être en contact avec un conseiller financier fiable, un nouvel amour ou un employé attentionné. La honte est souvent immense. Nombre de victimes n'osent demander de l'aide que tardivement, car elles se sentent stupides ou naïves. C'est précisément pour cette raison que les criminels peuvent agir en toute impunité.

Les victimes de la traite des êtres humains ne sont pas toujours protégées.
L'un des principaux reproches formulés par Amnesty International est que, selon l'organisation, le Cambodge ne protège pas suffisamment les victimes de la traite des êtres humains. Des chercheurs se sont entretenus avec 73 personnes retenues contre leur gré dans ces complexes. Toutes ont déclaré avoir subi ou été témoins de violences. Six femmes ont témoigné avoir été violées.

Amnesty International critique également les autorités car les personnes qui fuient ou sont libérées de centres illégaux sont parfois traitées comme des migrants illégaux plutôt que comme des victimes de la traite des êtres humains.

Selon l'organisation, l'approche cambodgienne a « échoué sur des points cruciaux », tant en ce qui concerne l'enquête et la fermeture des camps connus que la protection et le soutien des victimes qui se sont échappées de ces camps ou qui en ont été retirées.

Révocation des licences de casino
Le Cambodge, quant à lui, affirme prendre des mesures strictes. Selon Chhay Sinarith, les licences de 25 casinos ont été révoquées pour suspicion de fraude. Près de 1 500 suspects originaires de 19 pays auraient également été inculpés.

Par ailleurs, selon le gouvernement cambodgien, près de 19 000 étrangers ont été expulsés et environ 290 000 étrangers ont quitté le pays volontairement.

Ces chiffres montrent que des mesures sont effectivement prises. La question principale est de savoir si elles suffisent à endiguer un secteur qui se délocalise rapidement, génère d'importants profits et recourt fréquemment à la corruption, aux zones frontalières et à des contrôles laxistes.

Pourquoi cela affecte-t-il également la Thaïlande ?
Pour la Thaïlande, cette évolution n'est pas improbable. Le pays n'est pas isolé dans cette économie de la fraude régionale. Les réseaux criminels utilisent les zones frontalières, les axes de transport, les banques, les infrastructures de télécommunications et les intermédiaires dans de nombreux pays. Les zones frontalières avec le Myanmar, en particulier, sont depuis longtemps dans le collimateur des forces de l'ordre et des organisations de défense des droits humains.

Les voyageurs en Thaïlande peuvent également être confrontés à ce type d'escroquerie, généralement en tant que victimes de fraudes en ligne. Il peut s'agir de faux placements en cryptomonnaie, d'arnaques sentimentales, d'escroqueries liées à l'abattage de porcs, ou de messages provenant de personnes se faisant passer pour des employés de banque, des douaniers ou des partenaires commerciaux.

Le côté humain de cette affaire est amer. D'un côté, il y a les victimes qui perdent leurs économies. De l'autre, il y a les personnes derrière les écrans, parfois emprisonnées et contraintes de tromper autrui. C'est ce qui rend la lutte contre ce fléau complexe, mais aussi urgente.

Un problème régional persistant
Le rapport d'Amnesty International met une fois de plus le Cambodge sous pression. Le gouvernement cambodgien affirme prendre des mesures, mais Amnesty International constate que de nombreux centres de fraude sont toujours en activité et que les victimes ne bénéficient pas d'une protection suffisante.

Ce qui est certain : le secteur de la cyberfraude en Asie du Sud-Est est vaste, flexible et transfrontalier. Tant qu’il y aura d’importants profits à réaliser, que les victimes continueront de se manifester et que la corruption ou la faiblesse des contrôles permettront à ces réseaux de prospérer.

Pour les citoyens ordinaires, la vigilance reste de mise. Toute personne contactée en ligne avec une proposition d'investissement exceptionnellement rentable, une histoire d'amour qui tourne rapidement autour de l'argent, ou une demande de paiement urgente, ferait bien de prendre du recul. Ce bref instant de doute peut éviter bien des déconvenues.

Source : Bangkok Post via https://www.thailandblog.nl/nieuws-uit- ... re-aanpak/