Yingluck sous le flot des critiques
Posté : dim. 30 oct. 2011 01:00
Depuis son accession au pouvoir, en août, la dame était attendue au tournant : Yingluck Shinawatra, 44 ans, première femme de l'histoire de la Thaïlande à la tête d'un gouvernement, est submergée par un flot de critiques à propos de sa gestion des inondations, un désastre qui menace désormais directement le coeur de Bangkok. Les adversaires politiques de la soeur cadette de l'ancien premier ministre Thaksin - renversé par les militaires en 2006 et aujourd'hui en exil - conjuguent leurs efforts pour traîner dans la boue le chef du gouvernement.
Les responsables de gestion de crise dont elle s'est entourée n'ont certes brillé ni par leur efficacité ni par leurs talents de communicateurs : déclarations contradictoires, annonces floues, manque patent de coordination, les efforts déployés par le "FROC", acronyme anglais désignant le centre des opérations de secours, ont été perçus comme étant placé sous le signe de la plus grande confusion. Et le fait que la première ministre soit une ancienne femme d'affaires dépourvue d'expérience politique n'a pas aidé cette dernière à affirmer son autorité.
"Elle a fait le mauvais choix dans la désignation des responsables, s'insurge avec colère l'urbaniste Niramon Kulsrisombat, professeur à l'université Chulalongkorn de Bangkok. Rendez-vous compte : les personnes dirigeant le FROC sont l'actuel ministre de la justice, le ministre de l'intérieur et un ancien chef de la police. En quoi sont-ils compétents pour s'occuper de questions aussi complexes nécessitant une vraie connaissance technique ?" Entre autre exemple, ce même ministre de la justice, Pracha Promnok, a dû reconnaître récemment que le volume des quantités massives d'eau descendant du nord du pays vers Bangkok après une période de fortes moussons "avait été sous-estimé"...
Au demeurant, un gouvernement aux manettes depuis à peine plus de deux mois ne peut-être tenu pour responsable d'une catastrophe redoutée de longue date par les experts, et dont l'anticipation avait été superbement ignorée par les gouvernements précédents. "Par le passé, les premiers ministres ne se sont jamais préoccupés du management des flux aquatiques, et c'est pourquoi on en paie aujourd'hui les conséquences", reconnaît l'urbaniste Kulsrisombat. Qui accuse tout de même : "Ce gouvernement a battu tous les records de nullité !"
L'affaire a pris désormais un tour très politique. La façon dont ce test crucial pour l'actuel cabinet est jugé par certaines élites et la presse s'inscrit aussi dans le contexte de récents et tragiques événements : au printemps 2010, une partie du centre des affaires de Bangkok avait été paralysée par le mouvement des "chemises rouges" obéissant au frère de l'actuelle première ministre, déjà en exil à la suite du putsch de 2006. Cette confrontation, qui incarnait le gouffre séparant les élites urbaines du monde paysan, avait été violemment réprimée par l'armée. Le bain de sang avait fait plus de 90 morts et plus d'un millier de blessés. Après les élections du 3 juillet qui ont donné une victoire sans conteste au Peu Thaï (Partis pour les Thaïs) de Yingluck Shinawatra, les adversaires de cette dernière semblent aujourd'hui tenir leur revanche.
Entre autres exemples, le gouverneur de Bangkok, Sukhumbhand Paribatra, n'a cessé jusqu'à il y a peu de contredire les décisions gouvernementales, allant même jusqu'à déclarer au public : "Ecoutez-moi, et moi seulement ! Je vous dirai quand il sera temps d'évacuer !". Mais ce même gouverneur, proche de l'ancien Parti démocrate au pouvoir, a récemment préféré compter sur des pratiques magiques pour sauver la capitale en participant à un antique et obscur rituel khmer destiné à "chasser l'eau"... Il est en tout cas avéré que "Yingluck", ainsi que tout le monde l'appelle ici, a brûlé le capital de sympathie qu'elle avait acquis durant la campagne électorale en juin, y compris dans certains cercles très hostiles à son ancien premier ministre de frère.
"On la traite de buffle stupide, de midinette, de poupée Barbie sans cervelle, écrit dans le quotidien The Nation le chercheur thaï Pavin Chachavalpongpun, rattaché à l'Institut des études pour le Sud-Est asiatique de Singapour. C'est vrai qu'elle a sans doute réagi trop lentement. Mais doit-elle être accusée de tous les maux ? Pourquoi le département de l'irrigation a-t-il choisi de ne pas délester les énormes quantités d'eaux contenues dans les barrages au commencement de la saison des pluies en mai (soit bien avant l'accession au pouvoir de "Yingluck") et refusé de le faire en dépit d'une mousson particulièrement abondante ? Pour l'heure, ceux qui se plaignent le plus sont les résidents de Bangkok qui ont jusque-là eu la chance de garder les pieds au sec..."
Alors que la situation s'aggrave et que le fleuve Chao Phraya commence à déborder près du palais royal - même si la majorité de Bangkok n'est pas affectée -, des rumeurs de "putsch aquatique" circulent, alimentées par les radios des "chemises rouges", toujours prêtes à dénoncer la main occulte des militaires dans ce royaume qui a connu en quatre-vingts ans dix-huit coups d'Etat réussis ou avortés. Rien ne permet d'étayer ces rumeurs. Mais il semble que l'armée, selon certains experts des questions militaires, ait choisi de faire cavalier seul dans les opérations de secours. Histoire, sans doute, de démontrer les piètres qualités d'administratrice d'une première ministre qui tire sa seule légitimité de son frère Thaksin, détrôné par ces mêmes militaires...
http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/ar ... _3216.html
Les responsables de gestion de crise dont elle s'est entourée n'ont certes brillé ni par leur efficacité ni par leurs talents de communicateurs : déclarations contradictoires, annonces floues, manque patent de coordination, les efforts déployés par le "FROC", acronyme anglais désignant le centre des opérations de secours, ont été perçus comme étant placé sous le signe de la plus grande confusion. Et le fait que la première ministre soit une ancienne femme d'affaires dépourvue d'expérience politique n'a pas aidé cette dernière à affirmer son autorité.
"Elle a fait le mauvais choix dans la désignation des responsables, s'insurge avec colère l'urbaniste Niramon Kulsrisombat, professeur à l'université Chulalongkorn de Bangkok. Rendez-vous compte : les personnes dirigeant le FROC sont l'actuel ministre de la justice, le ministre de l'intérieur et un ancien chef de la police. En quoi sont-ils compétents pour s'occuper de questions aussi complexes nécessitant une vraie connaissance technique ?" Entre autre exemple, ce même ministre de la justice, Pracha Promnok, a dû reconnaître récemment que le volume des quantités massives d'eau descendant du nord du pays vers Bangkok après une période de fortes moussons "avait été sous-estimé"...
Au demeurant, un gouvernement aux manettes depuis à peine plus de deux mois ne peut-être tenu pour responsable d'une catastrophe redoutée de longue date par les experts, et dont l'anticipation avait été superbement ignorée par les gouvernements précédents. "Par le passé, les premiers ministres ne se sont jamais préoccupés du management des flux aquatiques, et c'est pourquoi on en paie aujourd'hui les conséquences", reconnaît l'urbaniste Kulsrisombat. Qui accuse tout de même : "Ce gouvernement a battu tous les records de nullité !"
L'affaire a pris désormais un tour très politique. La façon dont ce test crucial pour l'actuel cabinet est jugé par certaines élites et la presse s'inscrit aussi dans le contexte de récents et tragiques événements : au printemps 2010, une partie du centre des affaires de Bangkok avait été paralysée par le mouvement des "chemises rouges" obéissant au frère de l'actuelle première ministre, déjà en exil à la suite du putsch de 2006. Cette confrontation, qui incarnait le gouffre séparant les élites urbaines du monde paysan, avait été violemment réprimée par l'armée. Le bain de sang avait fait plus de 90 morts et plus d'un millier de blessés. Après les élections du 3 juillet qui ont donné une victoire sans conteste au Peu Thaï (Partis pour les Thaïs) de Yingluck Shinawatra, les adversaires de cette dernière semblent aujourd'hui tenir leur revanche.
Entre autres exemples, le gouverneur de Bangkok, Sukhumbhand Paribatra, n'a cessé jusqu'à il y a peu de contredire les décisions gouvernementales, allant même jusqu'à déclarer au public : "Ecoutez-moi, et moi seulement ! Je vous dirai quand il sera temps d'évacuer !". Mais ce même gouverneur, proche de l'ancien Parti démocrate au pouvoir, a récemment préféré compter sur des pratiques magiques pour sauver la capitale en participant à un antique et obscur rituel khmer destiné à "chasser l'eau"... Il est en tout cas avéré que "Yingluck", ainsi que tout le monde l'appelle ici, a brûlé le capital de sympathie qu'elle avait acquis durant la campagne électorale en juin, y compris dans certains cercles très hostiles à son ancien premier ministre de frère.
"On la traite de buffle stupide, de midinette, de poupée Barbie sans cervelle, écrit dans le quotidien The Nation le chercheur thaï Pavin Chachavalpongpun, rattaché à l'Institut des études pour le Sud-Est asiatique de Singapour. C'est vrai qu'elle a sans doute réagi trop lentement. Mais doit-elle être accusée de tous les maux ? Pourquoi le département de l'irrigation a-t-il choisi de ne pas délester les énormes quantités d'eaux contenues dans les barrages au commencement de la saison des pluies en mai (soit bien avant l'accession au pouvoir de "Yingluck") et refusé de le faire en dépit d'une mousson particulièrement abondante ? Pour l'heure, ceux qui se plaignent le plus sont les résidents de Bangkok qui ont jusque-là eu la chance de garder les pieds au sec..."
Alors que la situation s'aggrave et que le fleuve Chao Phraya commence à déborder près du palais royal - même si la majorité de Bangkok n'est pas affectée -, des rumeurs de "putsch aquatique" circulent, alimentées par les radios des "chemises rouges", toujours prêtes à dénoncer la main occulte des militaires dans ce royaume qui a connu en quatre-vingts ans dix-huit coups d'Etat réussis ou avortés. Rien ne permet d'étayer ces rumeurs. Mais il semble que l'armée, selon certains experts des questions militaires, ait choisi de faire cavalier seul dans les opérations de secours. Histoire, sans doute, de démontrer les piètres qualités d'administratrice d'une première ministre qui tire sa seule légitimité de son frère Thaksin, détrôné par ces mêmes militaires...
http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/ar ... _3216.html