ECO – 300 bahts et des incertitudes
Posté : jeu. 5 avr. 2012 14:06
La principale promesse électorale du Puea Thai l'an passé, l'augmentation du salaire minimum journalier à 300 bahts, est en place depuis hier dans sept provinces du pays, dont Bangkok. La mesure impactera la masse salariale des sociétés dans les secteurs dont la main d'œuvre est très peu qualifiée. Ses conséquences sur la consommation intérieure et l'emploi sont en revanche incertaines
Le gouvernement a annoncé qu'il contrôlerait régulièrement les entreprises pour vérifier la bonne mise en place de la mesure (photo Melaine Brou)
Depuis hier, sept provinces doivent, conformément à la volonté du gouvernement, établir le salaire minimum à 300 bahts par jour. Les 70 autres provinces du pays devront suivre la manoeuvre en 2013. Les sept régions initiales choisies, Bangkok, Phuket, Nakorn Pathom, Nonthaburi, Pathum Thani, Samut Prakarn et Samut Sakorn, étaient celles où le salaire minimum était le plus élevé, à hauteur de 221 bahts pour Phuket et 215 pour les six autres.
_
Le salaire minimum journalier selon les provinces
•Baht 300 à Bangkok, Phuket, Nakorn Pathom, Nonthaburi, Pathum Thani, Samut Prakarn and Samut Sakorn
•Baht 273 à Chonburi
•Baht 269 à Chachoengsao et Saraburi
•Baht 265 à Ayudhya
•Baht 264 à Rayong
•Baht 259 à Ranong
•Baht 258 à Phang-nga
•Baht 257 à Krabi
•Baht 255 à Nakorn Ratchasima et Prachinburi
•Baht 254 à Lopburi
•Baht 252 à Kanchanaburi
•Baht 251 à Chiangmai et Ratchburi
•Baht 250 à Chantaburi et Petchburi
•Baht 246 à Songkhla et Singhburi
•Baht 244 à Trang
•Baht 243 à Nakorn Srithammarat et Angthong
•Baht 241 à Chumporn, Pattalung, Satun, Loei et Sakaew
•Baht 240 à Prachuab Kirikhan, Yala, Surat Thani et Samut Songkram
•Baht 239 à Narathiwat, Udonthani and Ubolratchathani
•Baht 237 à Nakorn Nayok et Pattani
•Baht 236 à Trad, Lampoon, Buengkan et Nongkai
•Baht 234 à Kampaengpetch et Uthaithani
•Baht 233 à Chainat, Supanburi, Kalasin et Khonkaen
•Baht 232 à Chiangrai, Buriram, Nakorn Sawan, Petchaboon, Yasothorn, Roiet et Sakolnakorn
•Baht 230 à Chaiyapoom, Mukdahan, Lampang, Sukhothai et Nongbualampu
•Baht 229 à Nakornpanom
•Baht 227 à Pichit, Pitsanuloke, Prae, Mahasarakam, Maehongson, Utaradit and Amnatcharoen
•Baht 226 à Tak et Surin
•Baht 225 à Nan
•Baht 223 à Srisaket
•Baht 222 à Payao
Source : Chambre de Commerce Franco-Thaïe
___________________________________
Le Cabinet a décidé hier le report au 1er avril 2012 de l’augmentation du salaire journalier minimum à 300 bahts, mesure initialement prévue pour le 1er janvier 2012 dans sept provinces, rapportait le Bangkok Post. n raison des inondations, les provinces de...Lire la suite
_
Un risque d'inflation
Lors de la campagne électorale l'an passé, la candidate Yingluck Shinawatra avait fait de la hausse du salaire minimum journalier sa promesse électorale phare, indiquant que l'augmentation du niveau de vie des Thaïlandais était au centre des préoccupations de son parti, le Puea Thai. "Le salaire minimum des travailleurs n'a pas été relevé depuis de nombreuses années alors que le coût de la vie augmente constamment", a rappelé encore samedi Yingluck. Souhaitant que la Thaïlande devienne moins dépendante de ses exportations, le gouvernement a pour objectif de doper la consommation intérieure du royaume, mais le risque d'un impact sur l'inflation existe. "L’augmentation des salaires devrait, naturellement, augmenter le pouvoir d’achat des consommateurs et donc la consommation, indique Pascal Furth, Chef du Service économique de l’Ambassade de France en Thaïlande. Mais à la condition que cette augmentation des salaires ne se traduise pas en hausse des prix, tant liés à une augmentation des coûts de production qu’à une hausse des prix de ventes de la part de commerçants anticipant l’accroissement des revenus des consommateurs."
Une mesure ciblée sur les secteurs à la main d'œuvre très peu qualifiée
Lors d'une réunion fin 2011 de la section Thaïlande des Conseillers du Commerce Extérieur français, la quasi-totalité des sociétés représentées, sept grands groupes et douze PME, avaient indiqué qu'elles n'étaient pas concernées par la mesure. En effet, leur salaire minimum était déjà au-dessus de 300 bahts par jour, ce qui correspond à 9.000 bahts par mois, le gouvernement ayant demandé que l'ajustement mensuel se fasse sur 30 jours, et non 26. La mesure impliquera uniquement des secteurs où la main d'œuvre est très peu qualifiée, et peu chère, tels l'agroalimentaire ou encore le textile. Ces secteurs avaient d'ailleurs mis la pression sur le gouvernement, pour que l'augmentation du salaire journalier, prévue initialement au 1er janvier 2012, soit finalement repoussée de trois mois pour souffler après les inondations.
La tentation d'automatiser et de délocaliser
La société de Didier Del Corso, Cases and Covers Co. Ltd, qui fabrique des étuis pour instruments de musique à Samut Sakorn, va devoir faire passer ses plus bas salaires de 8.000 bahts à 9.000 bahts par mois, soit une augmentation de 12,5%, pour être en conformité. "Et pour que les autres employés ne se sentent pas floués, il a fallu mettre en place une prime mensuelle d'ancienneté," explique-t-il. Face à cette hausse de leur masse salariale, certaines PME ont menacé les autorités de quitter le pays ou de recourir davantage à la machinerie, ce qui impacterait négativement l'emploi. "Certains secteurs pourront recourir à davantage d’automatisation de leur production, mais cela n’est pas facile à mettre en œuvre et n’est pas forcément moins coûteux, nuance Pascal Furth. Il se peut que certains secteurs, notamment celui du textile, préfèrent se délocaliser, par exemple en Birmanie, pays qui s’ouvre. Mais cela n’est pas non plus certain car il s’agit justement d’un secteur employant beaucoup de personnes non déclarées, migrantes ou non, et qui par conséquent ne devraient pas voir leur salaire bénéficier de cette augmentation."
Nécessité d'une meilleure formation professionnelle
"Ces salariés vaudront trop cher par rapport à leur qualification, explique Eric Chocat, dont l'usine imprime des décalcomanies pour des casques à Bangkok sur Bang Na Trat. En France, j’emploie un Français pour faire 350 passages et ici en Thaïlande, deux [personnes] pour faire 400 passages." "Désormais, je serai plus exigeant par rapport à la rentabilité de nos employés", ajoute Didier Del Corso. Un des principaux défis qui attend le gouvernement thaïlandais est donc la formation des travailleurs faiblement qualifiés afin qu'ils gagnent en rentabilité. D'après Arnauld de Nadaillac, consultant en formation professionnelle et gestion des ressources humaines qui vit depuis une quinzaine d'années dans le royaume, la Thaïlande ne dispose que de 1.000 écoles publiques d'enseignement professionnel, de 400 écoles privées, et de 90 centres de formation professionnelle continue, dont la qualité n'est pas au niveau de ce qu'attendent les sociétés du pays. "Jusqu'à présent, je n'ai vu passer aucune information comme quoi le gouvernement allait améliorer la quantité et la qualité des structures de formation suite à la mise en place de 300 bahts, indique-t-il. Afin d'avoir un personnel mieux qualifié, et d'avoir moins recours aux heures supplémentaires, il semble que, pour l'instant, les entreprises vont devoir se débrouiller toutes seules."
Yann FERNANDEZ (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) lundi 2 avril 2012
Le gouvernement a annoncé qu'il contrôlerait régulièrement les entreprises pour vérifier la bonne mise en place de la mesure (photo Melaine Brou)
Depuis hier, sept provinces doivent, conformément à la volonté du gouvernement, établir le salaire minimum à 300 bahts par jour. Les 70 autres provinces du pays devront suivre la manoeuvre en 2013. Les sept régions initiales choisies, Bangkok, Phuket, Nakorn Pathom, Nonthaburi, Pathum Thani, Samut Prakarn et Samut Sakorn, étaient celles où le salaire minimum était le plus élevé, à hauteur de 221 bahts pour Phuket et 215 pour les six autres.
_
Le salaire minimum journalier selon les provinces
•Baht 300 à Bangkok, Phuket, Nakorn Pathom, Nonthaburi, Pathum Thani, Samut Prakarn and Samut Sakorn
•Baht 273 à Chonburi
•Baht 269 à Chachoengsao et Saraburi
•Baht 265 à Ayudhya
•Baht 264 à Rayong
•Baht 259 à Ranong
•Baht 258 à Phang-nga
•Baht 257 à Krabi
•Baht 255 à Nakorn Ratchasima et Prachinburi
•Baht 254 à Lopburi
•Baht 252 à Kanchanaburi
•Baht 251 à Chiangmai et Ratchburi
•Baht 250 à Chantaburi et Petchburi
•Baht 246 à Songkhla et Singhburi
•Baht 244 à Trang
•Baht 243 à Nakorn Srithammarat et Angthong
•Baht 241 à Chumporn, Pattalung, Satun, Loei et Sakaew
•Baht 240 à Prachuab Kirikhan, Yala, Surat Thani et Samut Songkram
•Baht 239 à Narathiwat, Udonthani and Ubolratchathani
•Baht 237 à Nakorn Nayok et Pattani
•Baht 236 à Trad, Lampoon, Buengkan et Nongkai
•Baht 234 à Kampaengpetch et Uthaithani
•Baht 233 à Chainat, Supanburi, Kalasin et Khonkaen
•Baht 232 à Chiangrai, Buriram, Nakorn Sawan, Petchaboon, Yasothorn, Roiet et Sakolnakorn
•Baht 230 à Chaiyapoom, Mukdahan, Lampang, Sukhothai et Nongbualampu
•Baht 229 à Nakornpanom
•Baht 227 à Pichit, Pitsanuloke, Prae, Mahasarakam, Maehongson, Utaradit and Amnatcharoen
•Baht 226 à Tak et Surin
•Baht 225 à Nan
•Baht 223 à Srisaket
•Baht 222 à Payao
Source : Chambre de Commerce Franco-Thaïe
___________________________________
Le Cabinet a décidé hier le report au 1er avril 2012 de l’augmentation du salaire journalier minimum à 300 bahts, mesure initialement prévue pour le 1er janvier 2012 dans sept provinces, rapportait le Bangkok Post. n raison des inondations, les provinces de...Lire la suite
_
Un risque d'inflation
Lors de la campagne électorale l'an passé, la candidate Yingluck Shinawatra avait fait de la hausse du salaire minimum journalier sa promesse électorale phare, indiquant que l'augmentation du niveau de vie des Thaïlandais était au centre des préoccupations de son parti, le Puea Thai. "Le salaire minimum des travailleurs n'a pas été relevé depuis de nombreuses années alors que le coût de la vie augmente constamment", a rappelé encore samedi Yingluck. Souhaitant que la Thaïlande devienne moins dépendante de ses exportations, le gouvernement a pour objectif de doper la consommation intérieure du royaume, mais le risque d'un impact sur l'inflation existe. "L’augmentation des salaires devrait, naturellement, augmenter le pouvoir d’achat des consommateurs et donc la consommation, indique Pascal Furth, Chef du Service économique de l’Ambassade de France en Thaïlande. Mais à la condition que cette augmentation des salaires ne se traduise pas en hausse des prix, tant liés à une augmentation des coûts de production qu’à une hausse des prix de ventes de la part de commerçants anticipant l’accroissement des revenus des consommateurs."
Une mesure ciblée sur les secteurs à la main d'œuvre très peu qualifiée
Lors d'une réunion fin 2011 de la section Thaïlande des Conseillers du Commerce Extérieur français, la quasi-totalité des sociétés représentées, sept grands groupes et douze PME, avaient indiqué qu'elles n'étaient pas concernées par la mesure. En effet, leur salaire minimum était déjà au-dessus de 300 bahts par jour, ce qui correspond à 9.000 bahts par mois, le gouvernement ayant demandé que l'ajustement mensuel se fasse sur 30 jours, et non 26. La mesure impliquera uniquement des secteurs où la main d'œuvre est très peu qualifiée, et peu chère, tels l'agroalimentaire ou encore le textile. Ces secteurs avaient d'ailleurs mis la pression sur le gouvernement, pour que l'augmentation du salaire journalier, prévue initialement au 1er janvier 2012, soit finalement repoussée de trois mois pour souffler après les inondations.
La tentation d'automatiser et de délocaliser
La société de Didier Del Corso, Cases and Covers Co. Ltd, qui fabrique des étuis pour instruments de musique à Samut Sakorn, va devoir faire passer ses plus bas salaires de 8.000 bahts à 9.000 bahts par mois, soit une augmentation de 12,5%, pour être en conformité. "Et pour que les autres employés ne se sentent pas floués, il a fallu mettre en place une prime mensuelle d'ancienneté," explique-t-il. Face à cette hausse de leur masse salariale, certaines PME ont menacé les autorités de quitter le pays ou de recourir davantage à la machinerie, ce qui impacterait négativement l'emploi. "Certains secteurs pourront recourir à davantage d’automatisation de leur production, mais cela n’est pas facile à mettre en œuvre et n’est pas forcément moins coûteux, nuance Pascal Furth. Il se peut que certains secteurs, notamment celui du textile, préfèrent se délocaliser, par exemple en Birmanie, pays qui s’ouvre. Mais cela n’est pas non plus certain car il s’agit justement d’un secteur employant beaucoup de personnes non déclarées, migrantes ou non, et qui par conséquent ne devraient pas voir leur salaire bénéficier de cette augmentation."
Nécessité d'une meilleure formation professionnelle
"Ces salariés vaudront trop cher par rapport à leur qualification, explique Eric Chocat, dont l'usine imprime des décalcomanies pour des casques à Bangkok sur Bang Na Trat. En France, j’emploie un Français pour faire 350 passages et ici en Thaïlande, deux [personnes] pour faire 400 passages." "Désormais, je serai plus exigeant par rapport à la rentabilité de nos employés", ajoute Didier Del Corso. Un des principaux défis qui attend le gouvernement thaïlandais est donc la formation des travailleurs faiblement qualifiés afin qu'ils gagnent en rentabilité. D'après Arnauld de Nadaillac, consultant en formation professionnelle et gestion des ressources humaines qui vit depuis une quinzaine d'années dans le royaume, la Thaïlande ne dispose que de 1.000 écoles publiques d'enseignement professionnel, de 400 écoles privées, et de 90 centres de formation professionnelle continue, dont la qualité n'est pas au niveau de ce qu'attendent les sociétés du pays. "Jusqu'à présent, je n'ai vu passer aucune information comme quoi le gouvernement allait améliorer la quantité et la qualité des structures de formation suite à la mise en place de 300 bahts, indique-t-il. Afin d'avoir un personnel mieux qualifié, et d'avoir moins recours aux heures supplémentaires, il semble que, pour l'instant, les entreprises vont devoir se débrouiller toutes seules."
Yann FERNANDEZ (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) lundi 2 avril 2012