Noyés sous les excuses, et bientôt sous la pluie
Source: Courrierinternational.com
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le 13/09/2012
Des pluies diluviennes frappent la Thaïlande ; l'occasion, pour cet éditorialiste, de dénoncer l'incurie des autorités. Après les terribles crues de 2011, le gouvernement avait pourtant promis la mise en place d'un centre unique de décision pour garantir une réaction rapide.
La crue qui a causé tant de dégâts dans le sud des provinces du nord vient seulement d'atteindre la province d'Ayutthaya, située à une soixantaine de kilomètres au nord de Bangkok, mais la classe politique, les bureaucrates et les technocrates sont déjà en train de se justifier.
La vue des habitants du quartier d'affaires de Sukhotai en train de fuir pour échapper à la montée des eaux a rappelé de très mauvais souvenirs aux habitants de Bangkok. La capitale a vécu plusieurs semaines sous les eaux entre octobre et décembre 2011. Et tels des débris charriés par les eaux, les angoisses des internautes ont envahi les réseaux sociaux : Bangkok va-t-elle encore être inondée cette année ?
La réponse des autorités officielles ne nous a guère tranquillisés. Où est le système d'alerte promis par le gouvernement après les inondations catastrophiques de l'année dernière, et qui devait être un élément fondamental du plan de prévention des inondations?
Apparemment, le seul avertissement dont auraient bénéficié les habitants des zones à risque de la part des autorités, c'est de mettre leurs affaires à l'abri, en hauteur. "Le problème, c'est que nous n'avons plus rien à mettre en hauteur," pouvait-on lire sur les forums en ligne. La situation de Sukhotai, située sur le fleuve Yom, la rend naturellement vulnérable aux inondations saisonnières. Et comme certains habitants l'ont rappelé, ce n'est pas la première fois que la ville se retrouve inondée.
Mais l'attitude des autorités est des plus déconcertantes. Ne nous avait-on pas promis la mise en place d'un centre de décision centralisé destiné à réagir au plus vite en cas d'inondations ? J'ai beau avoir vu des tas de sigles patauger à la surface des articles sur les inondations (SCRWM, WFMC, DDP), il était difficile de savoir lequel faisait référence à cette nouvelle instance. J'ai vu le ministre des Sciences et des Technologies, Plodprasop Suraswadi, montrer son autorité en tant que chef de la Commission sur la gestion de l'eau et des inondations (le fameux WFMC). J'ai vu le Premier ministre Yingluck Shinawatra prendre en charge certains sujets comme les compensations pour les sinistrés. Le gouverneur de Bangkok Sukhumbhand Paribatra et son adjoint Teerachon Manomaiphibul ont eux aussi donné de la voix.
Mais le centre de décision centralisé a brillé par son absence. Pour l'instant, personne n'a informé le public de manière claire et cohérente sur la suite des événements alors que d'autres tempêtes sont prévues. Après les inondations de Sukhotai, le directeur de la sous-commission chargée de surveiller et d'analyser la gestion de l'eau pour le WFMC a déclaré que d'autres tempêtes étaient prévues à la fin de la semaine et que sa commission devrait pouvoir gérer une augmentation du volume de l'eau sur les berges du fleuve. Sur la question de la crue qui a fait céder la digue de Sukhotai, il est resté sibyllin disant que l'eau de cette crue serait répartie dans les zones appropriées et gérée comme il se doit.
Le seul problème, a-t-il reconnu, c'est qu'il ignore qui va s'en occuper puisque cette mission était dévolue à plusieurs services. Et curieusement il n'a pas évoqué le centre de décision unique dont le rôle était pourtant - me semble-t-il - la coordination de ces missions transversales. En fait, je me demande même si ce n'est pas le WFMC qui était censée faire ce boulot.
Ses propos ont pris une tournure des plus intéressantes quand il a évoqué les canaux de dérivation et les bassins de rétention, présentés lors des dernières inondations par le gouvernement et le WFMC comme les éléments clés du programme de prévention. Le directeur de la sous-commission a reconnu que plus de 90 000 personnes empiétaient sur l'espace prévu pour ces canaux et gênaient l'écoulement des eaux, mais que leur évacuation immédiate entraînerait des émeutes. Alors qui va faire ce travail ? Encore une fois, c'est une tâche qui impliquera plusieurs services et qui prendra beaucoup de temps, voire des années, pour être mise en oeuvre. Ensuite, il a osé déclarer que le meilleur moyen d'empêcher les inondations récurrentes serait de reboiser. Encore une mesure qui peut prendre du temps. Et tout cela, nous le savions déjà. Et les habitants de Sukhotai, ou ceux plus en aval d'Ayutthaya ou de Bangkok le savent aussi.
Peu importe ce qu'il faut faire ou le nombre de personnes qui sont installés sur les emplacements des canaux de dérivation. La seule chose qui nous intéresse vraiment, c'est de savoir si les services affectés à la prévention des inondations ont fait leur travail et mis en place des mesures afin d'empêcher que le cauchemar de l'année dernière ne se répète. Les inondations n'ont pas encore touché Bangkok mais nous sommes déjà noyés sous les excuses.
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