Interview d'un expat français: Antoine, 32 ans, prof en Thaïlande pour 1566 euros par mois

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Raymond38
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Interview d'un expat français: Antoine, 32 ans, prof en Thaïlande pour 1566 euros par mois

Message par Raymond38 »

Antoine, 32 ans, prof en Thaïlande pour 1566 euros par mois

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Source: Rue89
le 14/05/2013



Parti en Thaïlande après la crise de 2008, Antoine est passé du monde des affaires à l’éducation. Il nous ouvre son porte-monnaie grignoté par la corruption.


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Antoine et ses élèves de première au lycée de Hat Yai (DR)

Depuis qu’il s’est installé en Thaïlande, le quotidien d’Antoine est bien « plus cool, plus relax » :

« Pour moi, tout est très simple en Thaïlande. Je ne fais rien en dehors de ce qui a trait au travail. Je vais au pressing, je mange au restaurant... Tout ça me permet de me concentrer sur ma vie professionnelle et personnelle. »

Nous sommes en septembre 2008. Antoine sort de son école de commerce parisienne diplômé d’un MBA. Au même moment, la banque d’affaires Lehman Brothers s’effondre :

« J’ai cherché du travail en France mais sans conviction : il n’y avait rien ou que des trucs très mal payés. Le temps de résilier mes abonnements, j’ai pris mes affaires et je suis parti en Thaïlande. »

D’abord consultant, puis chef de projet, Antoine trouve facilement du travail. Un « break » de deux ans loin de la capitale française. Lorsqu’il revient en 2011, c’est une perte de repères :

« Tout le monde autour de moi avait évolué socialement. Ici, je repartais de zéro. »

« Un petit lycée de campagne, sans air conditionné »

Antoine plie bagage et retourne en Thaïlande. « Un peu par hasard », il atterrit au lycée Matthayom Siriwanwari II, dans le golfe de Thaïlande. Comme ses parents avant lui, Antoine rejoint le monde de l’éducation.

« C’était un petit lycée de campagne, à 30 km de la ville, sans air conditionné ni aucun confort. »

Puis il entend parler d’une vacation à Hat Yai, grande ville du sud du pays. Antoine – qui « baragouine » thaï – y dispense des cours d’économie, en anglais :

« L’établissement dispose d’un cursus international en anglais. On y trouve un confort comparable à ce qu’il y a dans un lycée français : ordinateurs, Internet... »

Malgré le coût prohibitif de la scolarité (des frais d’entrée comparables à ceux des grandes écoles françaises, pour un niveau de vie quatre à cinq fois plus bas), le cursus est très prisé :

« D’ici deux ou trois ans, le pays doit entrer dans la communauté économique ASEAN dont la langue officielle est l’anglais. Or, les Thaïlandais sont catastrophiques en langues étrangères et cela crée une panique générale. »

« Une hiérarchie toute puissante et corrompue »
1 euro pour 38 bahts

Le cours du baht, la monnaie thaïlandaise, est à un niveau historique : 1 euro s’échange actuellement à moins de 40 bahts (38 début mai).

A l’époque où Antoine est arrivé en Thaïlande, il en fallait 50 pour 1 euro. Avec ses devises étrangères, il a donc vu son pouvoir d’achat augmenter de manière artificielle.

Pour les professeurs expatriés comme Antoine, c’est une aubaine. L’Etat emploie massivement et verse des revenus confortables :

« Mon salaire représente l’équivalent d’un gros smic en France. Je gagne trois à quatre fois le salaire d’un prof thaï alors qu’ils travaillent sans doute plus. »

Son salaire est artificiellement gonflé par le cours du baht, qui a atteint un niveau historique. En quatre ans, Antoine a gagné 20% de pouvoir d’achat :

« En revanche, je sais que je ne gagnerai jamais beaucoup plus. Au maximum 1 500 euros. Dans d’autres pays d’Asie et du Caucase, je pourrais toucher dans les 6 000 dollars. »

Il affirme que la corruption est omniprésente :

« En tant qu’étrangers et contractuels, nous sommes soumis à une hiérarchie toute puissante et corrompue qui fait ou défait les carrières. J’ai vu des profs étrangers se faire virer pour un rien. »

« C’est difficile d’être assimilé »

Comme beaucoup de jeunes professeurs étrangers, Antoine n’exclut pas d’aller bientôt chercher un poste d’enseignant dans un autre pays :

« C’est un travail avec beaucoup d’avantages et des relations humaines passionnantes. Les élèves sont adorables et respectueux. Mais il est soumis à beaucoup de concessions, de diplomatie et de langue de bois. Il est très difficile de présenter sa propre vision des choses sans aller assez rapidement à contre-courant de la culture thaï et donc d’avoir des problèmes. »

Avec son salaire, élevé mais pas disproportionné, il se considère à « mi-chemin » entre la population locale et ces anciens expatriés aux retraites mirobolantes.

Présent à Bangkok en mai 2010, Antoine a vécu les affrontements entre chemises jaunes et chemises rouges. Aujourd’hui, il constate qu’inégalités et tensions sont toujours présentes. Malgré tout, il se sent loin des questions politiques :

« Ce sont des sujets sensibles dont on évite de parler. Je ne me sens pas très concerné. »



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Présentation dans une classe du niveau troisième (DR)
Revenus : 1 567 euros par mois

Salaire net : 1 200 euros par mois

Antoine est employé contractuel avec un contrat local d’un an renouvelable :

« Au niveau du salaire, je fais partie des privilégiés. Un prof d’anglais étranger, dans un petit lycée de campagne ou d’une petite ville, gagne 750 à 900 euros et cela représente la très grande majorité des postes. »

Antoine travaille de 8 heures à 16 heures, du lundi au vendredi. Sur cette plage horaire, il donne dix-huit heures de cours.

« Il y a beaucoup de travail en amont. On est aussi censés assister aux événements organisés les week-ends. »

Cours particuliers : 200 euros par mois

« Je donne deux fois deux heures de cours par semaine en extra. »

Participation au loyer : 50 euros par mois

Sa petite amie, qui partage son appartement tous les week-ends, participe à hauteur de 25% du loyer.

Aide des parents : 1 400 euros par an, soit 117 euros par mois

Antoine essaie de rendre visite deux fois par an à ses parents en France, qui lui financent le voyage :

« Les vacances scolaires étant décalées par rapport à la France, je peux prendre les vols les moins chers, à environ 700 euros aller-retour. »

Antoine ne touche pas de primes. Il ne reçoit ni aide, ni allocation.
Dépenses fixes : 400 euros par mois

Loyer : 200 euros par mois

« Je loge dans un trois pièces, dans un immeuble moderne avec piscine et salle de sport. Avant d’être augmenté, je vivais dans un appartement plus modeste. Mon loyer était dans la moyenne : 120 euros. »

Charges : 50 euros par mois

Elles comprennent environ 20 euros d’électricité et d’eau. Considéré comme un service public, Internet est dans la même facture. Il lui en coûte 15 euros par mois pour un débit de 6 Mb/s. Le reste part dans une TVA à 7%.

Sécurité sociale : 0 euro par mois

« Je suis affilié à la sécurité sociale locale, qui permet d’être pris en charge gratuitement dans les hôpitaux locaux. La plupart des médicaments sont remboursés. »

Mutuelle : 120 euros par mois

Antoine cotise à la mutuelle des Français de l’étranger.

Impôts : 0 euro par mois

Antoine ne paye aucun impôt :

« Il y a des impôts, mais ça c’est la théorie. Pour l’impôt sur le revenu, on ne le paie qu’après deux ans d’ancienneté dans le même établissement, ce qui n’a jamais été mon cas. J’ai un collègue qui vient de payer les siens : 4 euros sur l’année complète ! C’est à la tête du client... »

Frais bancaires : 0 euro par mois

En dehors des 10 euros payés à l’ouverture de son compte et des retraits à l’étranger, Antoine n’a aucun frais bancaire.

Transports : 24 euros par mois

Antoine a acheté une moto d’occasion pour environ 600 euros. Outre les 20 euros d’essence, il dépense environ 4 euros par mois pour l’entretien.

Assurance : 12 euros par an, soit 1 euro par mois

Pour sa moto, Antoine paie 12 euros d’assurance sur l’année.

Il a peut-être aussi une assurance responsabilité civile :

« Ma mère m’a forcé à en prendre une quand j’étais en France. Je ne sais pas si je suis toujours couvert. Si c’est le cas, ce sont mes parents qui paient. »

Téléphonie portable : 6,25 euros par mois

« Je n’ai jamais été très porté sur les téléphones. J’en ai un vieux à carte et j’achète quatre ou cinq recharges par mois, à 1,25 euro chacune. »


Les dépenses fixes d’Antoine

Dépenses variables : environ 850 euros par mois

Courses : 15 euros par mois

« Je mange tous les jours au restaurant donc je ne fais pas de courses alimentaires. »

Restaurants : environ 300 euros par mois

« Je dépense 300 bahts par jour, ce qui représente environ 200 euros par mois. Hat Yai étant une petite ville, les sorties sont restreintes. Quand je sors, c’est donc pour boire un verre au restaurant avec mes amis, ce qui représente 100 euros supplémentaires chaque mois. »

Vêtements : entre 50 et 100 euros par mois

« J’achète auprès de marques internationales ou de grandes enseignes locales. J’y vais quand il y a des soldes, mais ce sont des prix à la française, voire parfois plus cher en raison des taxes. Il faut compter 40 euros pour une chemise. »

Pressing : 5 euros par mois

Voyages : 1 750 euros par an, soit 146 euros par mois

A l’occasion de ses deux séjours annuels en France, Antoine loge chez ses proches et dépense en moyenne 250 euros pour deux semaines. A côté de cela, il a un budget d’environ 1 500 euros pour ses voyages en Asie, deux fois par an :

« Je visite en général plusieurs pays en utilisant la compagnie Air Asia qui permet de voyager à bas prix. »

Il y a aussi les « voyages forcés » pour renouveler son visa professionnel, valable un an :

« Les établissements n’ont pas de personnel dédié et laissent souvent passer les délais. Ces six derniers mois, j’ai dû me rendre trois fois en Malaisie pour accomplir mes démarches. Cela dit, je n’ai rien à payer car mon visa et mes déplacements sont pris en charge par mon employeur. »

Dépenses exceptionnelles : environ 300 euros par mois

Achats ou voyages impromptus, Antoine avoue avoir un certain nombre de dépenses « exceptionnelles » pendant l’année, qu’il a « tendance à oublier rapidement ». Des dépenses très variables d’un mois sur l’autre :

« En avril, par exemple, je me suis beaucoup déplacé à l’étranger et d’après mes comptes, j’ai dépensé environ deux mois de salaires. »


Les dépenses variables d’Antoine
Epargne : de 300 à 600 euros par mois

Antoine est capable d’économiser jusqu’à 600 euros les bons mois, mais il a d’autres fois des dépenses occasionnelles très importantes. Sur l’année, il réussit en moyenne à mettre 300 euros par mois de coté.

« Je me mets petit à petit dans cette optique d’épargne. J’aimerais investir dans l’immobilier, mais j’hésite car je ne suis pas sûr de rester en Thaïlande. Un deux pièces moderne coûte actuellement 40 000 euros ; 80 000 à 100 000 euros pour un grand appartement.

En Thaïlande, mon salaire est déjà plafonné et je ne gagnerai jamais au-delà de 1 500 euros. J’envisage de passer un doctorat et d’aller enseigner en Chine à la rentrée ou au Moyen-Orient. A Oman ou Dubaï, je pourrais gagner dans les 5 000 à 6 000 euros par mois, et avec ce salaire, me payer un appartement en deux ans. »



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dreamman
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Re: Interview d'un expat français: Antoine, 32 ans, prof en Thaïlande pour 1566 euros par mois

Message par dreamman »

Interview intéressante, elle n'est pas superficielle et transpire la réalité quotidienne.
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Farangissan
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Re: Interview d'un expat français: Antoine, 32 ans, prof en Thaïlande pour 1566 euros par mois

Message par Farangissan »

En tous cas le journaliste n'a pas déformé ses propos.

Je remarque que son salaire net est de 1200 euros/mois, ce qui fait quasi les 50.000 baht minimum qu'un employeur thaïlandais doit payer à un farang embauché officiellement.

Vous avez certainement des connaissances qui sont profs et qui sont loin de toucher une telle somme pour la simple raison qu'ils sont "au noir" bien que les autorités soient au courant, mais c'est soit un prof au noir soit pas de prof ;

Il y a trois jours une nana thaïlandaise que je n'ai pas encore rencontrée m'appelle au téléphone et me parle en français..
J'étais étonné; en fait elle m'appelait parce qu'un ami thaïlandais lui a donné mon n°; ami qui voudrait que j'enseigne l'anglais dans sa ville;
Je lui ai répondu, ce serait mieux que j'enseigne le français, c'est ma langue maternelle;
la nana , elle est prof, ...de français!
Mais je vous dis pas le niveau qu'elle a; c'est petit nègre et consorts...
je la comprenais, bien sûr, mais si elle enseigne comme elle parle on comprend mieux pourquoi les élèves thaï sont nuls en langues étrangères;
J'ai des amis anglais et irlandais qui sont profs et l'un d'entre eux me disait ce matin:
tu sais Michel, dans mon école les profs d'anglais que je côtoie ne savent pas parler anglais !
Nos conversations sont toujours en anglais .
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dreamman
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Re: Interview d'un expat français: Antoine, 32 ans, prof en Thaïlande pour 1566 euros par mois

Message par dreamman »

Il est bien payé parce qu'il est sans doute vraiment prof d'anglais (formation et expérience), ce qui est rarement le cas en Thaïlande.
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jean-louis
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Re: Interview d'un expat français: Antoine, 32 ans, prof en Thaïlande pour 1566 euros par mois

Message par jean-louis »

N-Sawan 3200 b 20 h Anglais (OK) et 15000 b 20 h Francais ... :flute:
Choisissez un travail que vous aimez et vous n'aurez pas à travailler un seul jour de votre vie Confucius
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fred le marseillais2
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Re: Interview d'un expat français: Antoine, 32 ans, prof en Thaïlande pour 1566 euros par mois

Message par fred le marseillais2 »

jean-louis a écrit :N-Sawan 3200 b 20 h Anglais (OK) et 15000 b 20 h Francais ... :flute:

sous un toit?
------------------------------------>je sors :shock:
Parfois, je regarde la télé toute la journée, c'est chiant ! Mais quand je l'allume, c'est pire...
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Raymond38
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Re: Interview d'un expat français: Antoine, 32 ans, prof en Thaïlande pour 1566 euros par mois

Message par Raymond38 »

dreamman a écrit :Il est bien payé parce qu'il est sans doute vraiment prof d'anglais (formation et expérience), ce qui est rarement le cas en Thaïlande.

Non, d'après ce qui est dit à un moment dans l'article, il a une formation dans le commerce et notamment un MBA, ce qui signifie qu'il doit normalement être bilingue en anglais.
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