On savait déjà que l’avenir de Bangkok était, à terme, problématique : croulant sous le poids des gratte-ciel qui sont autant de symboles de la modernité de cette vibrante mégapole de l’Asie du Sud-Est, la capitale thaïlandaise s’enfonce de plusieurs centimètres par an dans le sol marécageux des abords du fleuve Chao Praya.
Ce que l’on ne savait pas, c’est que la prolifération de salons de massage où le massage n’est pas la prestation unique est devenue au fil des temps un nouveau facteur de naufrage potentiel : les bordels proposant la célèbre spécialité de la maison, le « soap massage » – ou nettoyage du client à l’eau savonneuse par les prestataires de service, pompent la nappe phréatique avec une telle constance que la stabilité déjà précaire de la ville en est d’autant plus affectée.
Dans le but de lutter contre l’inéluctable, le commandant adjoint du Département de la suppression du crime et de la protection de l’environnement et des ressources naturelles, Suwat Inthasit, a mené fin janvier un raid musclé dans plusieurs « établissements de bains » de la capitale. Tour à tour, les « spas » Embassy, Long Beach, The Lord et Copacabana ont vu les courageuses équipes de la protection de la nature débarquer dans ces lieux d’opprobre et de stupre.
« Nous allons aujourd’hui examiner les modes de pompage de l’eau, et ce dans chaque chambre de massage », a lancé le commandant adjoint devant les journalistes avant de partir à l’assaut. « Nous soupçonnons que les responsables de l’établissement utilisent frauduleusement et abusivement la nappe phréatique », avait-il auparavant précisé. Le but de la manœuvre était ainsi clairement d’ordre écologique : il est plus que temps de prendre des mesures appropriées afin d’éviter la disparition programmée de Bangkok. Plusieurs autres facteurs expliquent par ailleurs la menace : érosion des berges du fleuve, changement climatique, élévation du niveau de la mer, etc.
