Luk khrueng en Thaïlande : admiré sur les panneaux publicitaires, harcelé dans la cour d'école

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dreamman
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Luk khrueng en Thaïlande : admiré sur les panneaux publicitaires, harcelé dans la cour d'école

Message par dreamman »

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Un luk khrueng, littéralement « demi-enfant », est une personne née d'un parent thaïlandais et d'un parent étranger. Le terme paraît simple, mais la réalité est tout autre. En effet, le fait d'être métis dépend moins de ses origines que de son apparence physique.

Cette dualité est précisément au cœur du récit. Dans la société thaïlandaise, la peau claire ouvre des portes ; la peau foncée les ferme. Un même enfant peut donc être à la fois admiré et exclu, parfois le même jour.

Deux mondes côte à côte
Il serait tentant de parler des « luk khrueng » comme s’il s’agissait d’un seul groupe, mais ce serait inexact. Le groupe est divisé de l’intérieur, et cette division transparaît dans leur apparence même.

D'un côté, on trouve l'enfant à la peau claire, souvent d'origine européenne, américaine ou australienne. Dans la culture thaïlandaise, ces enfants sont souvent considérés comme particulièrement beaux. La maîtrise de l'anglais et des caractéristiques physiques telles qu'une peau claire, de grands yeux ou des yeux colorés, et une grande taille sont des atouts. Par conséquent, ces dernières générations, les enfants à la peau claire ont été acceptés, voire valorisés, et nombre d'entre eux ont acquis une place importante dans le monde du spectacle.

En revanche, il y a l'enfant à la peau plus foncée. Et là, la situation change du tout au tout. Les Thaïlandais métis, dont un parent a la peau plus foncée, ne bénéficient pas des mêmes privilèges et subissent même des désavantages liés au colorisme : une discrimination fondée sur la couleur de peau au sein même de la société. L'immigration en provenance des pays africains étant moins fréquente, la perception qu'ont de nombreux Thaïlandais des personnes à la peau foncée repose sur des stéréotypes occidentaux, avec des conséquences majoritairement négatives. Pour ces enfants, être métis prend donc une tout autre dimension.

Les habitants d'Isaan, région pauvre du nord-est du pays, subissent parfois un double fardeau. Certains doivent expliquer qu'ils ne sont pas issus de la prostitution et sont confrontés quotidiennement au racisme en raison de leur couleur de peau. Ici, la ligne de fracture ne se situe pas entre Thaïlandais et étrangers, mais bien au sein même de la Thaïlande.

D'où vient cette stigmatisation ?
Cette association négative trouve son origine dans un passé historique clairement établi, lié à la guerre. Les stéréotypes présentant les luk khrueng comme enfants de prostituées ont émergé dans les années 1970, pendant la guerre du Vietnam. Des soldats américains, en permission en Thaïlande, ont noué des relations avec des Thaïlandaises, dont certaines étaient des travailleuses du sexe. Cette image a persisté et perdure encore parfois, notamment auprès des générations plus âgées et dans les régions les plus pauvres.

Mais la réalité d'aujourd'hui est bien différente. La plupart des « luk khrueng » sont désormais issus de situations très différentes : des Occidentaux venus vivre et travailler en Thaïlande, ou des Thaïlandais qui étudient à l'étranger et y trouvent un partenaire. L'image d'antan n'est plus d'actualité. Cependant, elle ne disparaît que lentement.

Admirés à la télévision, tenus à distance dans la vraie vie
Nulle part ailleurs ce privilège n'est aussi visible qu'à la télévision et dans la publicité. Nombre de stars thaïlandaises sont des « luk khrueng ». Citons l'actrice Davika Hoorne (thaïlando-belge), le mannequin et actrice Urassaya « Yaya » Sperbund (thaïlando-norvégienne) et l'acteur Ananda Everingham. La raison est simple : les « luk khrueng » d'origine européenne réussissent souvent dans le cinéma et le mannequinat précisément grâce aux canons de beauté thaïlandais qui valorisent le teint clair et les traits occidentaux.

Pourtant, ce succès a un revers. Les recherches scientifiques indiquent que si les stars du luk khrueng sont admirées, elles sont aussi maintenues à distance. Il en résulte une position avantageuse mais limitante, où le luk khrueng, intrinsèquement convoité, est toujours perçu comme « autre » et non comme pleinement thaïlandais. Être considéré comme attirant ne signifie donc pas appartenir véritablement à la communauté. L’admiration se concentre sur l’apparence, et non sur la personne dans son ensemble. Et cela, aussi glamour que cela puisse paraître, engendre un profond sentiment de solitude.

Le harcèlement et le sentiment de ne pas appartenir à un lieu
Pour les luk khrueng ordinaires, loin des projecteurs, la vie est bien différente. Le harcèlement scolaire joue un rôle majeur. La stigmatisation persiste : on leur dit souvent qu’ils ne sont « pas vraiment thaïlandais » et ils sont régulièrement victimes de harcèlement.

À cela s'ajoute une lutte plus profonde. Lors d'une exposition-recherche consacrée à ce groupe, tous les participants ont indiqué ne se sentir appartenir à aucun pays, ni à la Thaïlande ni à leur autre pays d'origine. Ce sentiment d'être entre deux mondes est récurrent. On est « Thaïlandais » dans un pays et « étranger » dans l'autre, sans pour autant se sentir pleinement chez soi.

L'impact du harcèlement scolaire dépend aussi de la réaction des adultes. Un enseignant d'Isaan, militant contre le harcèlement, a constaté que les écoles minimisent souvent le problème. Certains le considèrent comme un phénomène normal qu'ils ne peuvent de toute façon pas résoudre, pensent que peu d'enfants en souffrent et supposent qu'ils s'en sortiront seuls. Cette sous-estimation ne fait qu'aggraver la situation pour l'enfant.

Sur le plan juridique : la citoyenneté s’obtient facilement.
Après tout ce poids social, voici l'aspect rassurant : la Thaïlande applique le droit du sang, juridiquement appelé jus sanguinis. Un enfant ayant au moins un parent thaïlandais acquiert automatiquement la nationalité thaïlandaise, quel que soit son pays de naissance et même si ses parents ne sont pas mariés.

Il existe un malentendu persistant concernant la double nationalité. Beaucoup pensent qu'un enfant doit choisir entre deux passeports à l'âge de vingt ans. Cette idée provient d'une législation obsolète. Or, la loi a été modifiée en 1992 et, depuis lors, il n'existe aucune sanction ni obligation d'abandonner l'autre nationalité. La loi actuelle offre cependant à un enfant né d'un parent thaïlandais et d'un parent étranger la possibilité de renoncer volontairement à la nationalité thaïlandaise entre vingt et vingt et un ans, s'il le souhaite. Il s'agit donc d'un droit, et non d'une obligation.

Veuillez noter : la loi thaïlandaise ne se prononce pas sur la législation du pays étranger. Pour les personnes de nationalité européenne (luk khrueng), la loi du pays concerné peut entraîner la perte de leur nationalité dans certaines circonstances. Cette situation étant variable et évoluant régulièrement, il est conseillé à toute personne concernée de se renseigner directement auprès des autorités européenne, car la souplesse de la loi thaïlandaise n'offre aucune garantie à cet égard.

Signes de changement
Les mentalités évoluent lentement, et cela commence par la jeunesse. Le changement est en marche, favorisé par internet, une nouvelle génération de célébrités à la peau plus foncée et de jeunes Thaïlandais prêts à remettre en question les préjugés de leurs parents. L'acceptation des Thaïlandais à la peau plus foncée et du luk khrueng progresse, même si c'est à petits pas.

Parallèlement, la préférence pour un teint clair demeure profondément ancrée. En témoigne l'immense marché des produits éclaircissants, présents dans tous les 7-Eleven. Ici, changement et persistance coexistent tout simplement.

Des malentendus récurrents
Certains biais cognitifs ont tendance à ressurgir. Il est utile de les énumérer brièvement :

On croit souvent qu'être « luk khrueng » est toujours un avantage. En réalité, cela dépend fortement de la couleur de peau et des origines.
D'autres pensent que la stigmatisation de la prostitution a complètement disparu. Pourtant, elle persiste encore chez les générations plus âgées et dans les régions les plus pauvres.
On croit souvent, à tort, qu'un enfant métis doit choisir entre deux passeports à l'âge de vingt ans. Cela n'est plus vrai depuis 1992.
Conseils pratiques pour les parents et les grands-parents
Avez-vous un enfant, un petit-enfant ou un partenaire luk khrueng ? Alors, quelques éléments vous seront immédiatement utiles :

Faites enregistrer votre naissance en Thaïlande et obtenir votre passeport dans les délais. La citoyenneté est un droit, mais elle nécessite les documents administratifs appropriés.
Soyez vigilant face au harcèlement scolaire et prenez-le au sérieux, même si l'établissement scolaire le minimise.
Veuillez noter que l'expérience de votre enfant peut varier considérablement par rapport à celle des autres luk khrueng, en fonction de son apparence et de sa région.
Veuillez vous renseigner séparément concernant la question de la nationalité du côté européen, car la réglementation thaïlandaise ne dit rien à ce sujet.
Conclusion
La situation des personnes à la peau claire (luk khrueng) n'est pas une histoire d'acceptation ou de rejet absolus, mais plutôt une situation complexe, mêlant les deux. La peau claire ouvre des portes, la peau foncée les ferme. Juridiquement, tout est en ordre. La véritable souffrance se situe dans le domaine social : harcèlement, stéréotypes tenaces et sentiment de n'appartenir à aucun groupe.

Sources : Wikipédia, Prachatai English, South China Morning Post, Asia Media Centre, Siam Legal via https://www.thailandblog.nl/maatschappi ... hoolplein/
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Marco
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Re: Luk khrueng en Thaïlande : admiré sur les panneaux publicitaires, harcelé dans la cour d'école

Message par Marco »

Et il y a un phénomène assez curieux quand on est un(e) enfant métisse, c'est que les thaïes voient prioritairement dans ses traits l'ascendance occidentale, et qu'en occident, ce sont ses traits asiatiques qui sont remarqués en premier.

Bref, où que l'on soit, les gens se focalisent d'abord sur les différences. C'est atavique. dc-*
Les trois grandes époques de l'humanité sont l'âge de la pierre, l'âge du bronze et l'âge de la retraite.

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Raoul
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Re: Luk khrueng en Thaïlande : admiré sur les panneaux publicitaires, harcelé dans la cour d'école

Message par Raoul »

Le pire, c'est quand toi tu es blanc et que ton Luk khrueng est noir :shock:
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