La Thaïlande à la croisée des chemins énergétiques : du piège du gaz à l'offensive des renouvelables

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dreamman
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La Thaïlande à la croisée des chemins énergétiques : du piège du gaz à l'offensive des renouvelables

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Photo d'illustration avec l'IA







Au cœur de l'Asie du Sud-Est, le réseau électrique thaïlandais repose sur une colonne vertébrale à la fois performante et vulnérable : le gaz naturel. Utilisé pour générer environ 60 % de l'électricité du pays, ce combustible fossile alimente un vaste parc de centrales thermiques à cycle combiné réparties sur tout le territoire. Pourtant, derrière la continuité du service électrique se dissimule une équation énergétique de plus en plus fragile, prise en étau entre le déclin rapide des gisements nationaux, la volatilité des importations maritimes et l'urgence d'une transition vers les énergies propres.

Pendant plusieurs décennies, le royaume a largement profité de ses propres richesses sous-marines. Les champs gaziers du golfe de Thaïlande, notamment les gisements historiques d'Erawan et de Bongkot, ont fourni l'énergie bon marché indispensable à la formidable expansion industrielle du pays. Exploitées sous la houlette de la compagnie nationale PTT et de sa filiale d'exploration PTTEP, ces réserves ont longtemps garanti une sécurité énergétique appréciable et des coûts de production maîtrisés.

Cette époque d'abondance locale touche désormais à sa fin. Les gisements sous-marins historiques arrivent à maturité avancée et enregistrent une baisse tendancielle de leurs volumes extraits. Même si les autorités encouragent de nouveaux forages et cherchent à maximiser le rendement des puits restants, le pic de production gazière nationale est aujourd'hui dépassé. Parallèlement, l'approvisionnement régional par gazoduc depuis le Myanmar voisin, dépendant de champs comme Yadana, subit l'épuisement progressif des réserves et les soubresauts politiques birmans.

Pour combler un déficit croissant face à une demande électrique toujours soutenue, Bangkok a dû intensifier ses achats extérieurs sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL). Avec la mise en service de terminaux de regazéification majeurs sur la côte est, à Map Ta Phut et Nong Fab, la Thaïlande est devenue l'un des principaux importateurs de GNL de la région, accueillant des cargaisons de méthaniers venues du Qatar, d'Australie ou des États-Unis. Ce recours accru au marché international a rendu l'économie thaïlandaise directement tributaire des crises géopolitiques mondiales, provoquant des hausses sensibles sur les factures d'électricité des ménages et des industriels.

Face à ce fardeau économique et stratégique, le gouvernement a réorienté son plan directeur de développement de l'électricité, le Power Development Plan. L'objectif officiel est de porter la part des énergies renouvelables à plus de 50 % du mix électrique d'ici 2037, grâce à une série de leviers technologiques et régionaux complémentaires.

L'initiative la plus emblématique repose sur le solaire flottant hybride, déployé par l'opérateur public EGAT. En installant d'immenses plateformes photovoltaïques sur les plans d'eau de ses barrages hydroélectriques, le pays optimise ses infrastructures sans empiéter sur les terres agricoles. Ce dispositif permet aux panneaux de produire en journée tandis que les turbines hydrauliques prennent le relais lors des pics de consommation en soirée. Après les démonstrateurs concluants sur les retenues de Sirindhorn et d'Ubolratana, le programme prévoit d'étendre la formule à d'autres grands réservoirs tels que Bhumibol et Sri Nakarin, pour atteindre plus de 2 700 mégawatts de capacité.

Le solaire terrestre et de toiture connaît également une accélération marquée. Les pouvoirs publics soutiennent le déploiement de panneaux sur les toitures industrielles, commerciales et résidentielles via des régimes d'autoconsommation facilités et des mécanismes de revente d'énergie, complétés par de vastes parcs photovoltaïques au sol attribués par enchères dans les plaines centrales et le nord-est.

Pour consolider la stabilité de son réseau sans brûler de combustible fossile, la Thaïlande mise aussi sur l'hydroélectricité transfrontalière. Le pays a noué des accords d'achat à long terme pour importer de l'électricité produite par les barrages du Laos voisin, souvent qualifié de batterie de la péninsule indochinoise, ce qui fournit une alimentation continue et décarbonée.

Le mix électrique s'appuie en outre sur la valorisation de la biomasse et du biogaz, tirant parti d'une agriculture nationale florissante. Les résidus de canne à sucre comme la bagasse, les balles de riz ou encore les déchets de l'huile de palme et d'élevages sont transformés en vapeur et en électricité au sein de centrales locales de cogénération.

Enfin, pour surmonter l'intermittence inhérente au solaire et à l'éolien, Bangkok programme l'installation de plus de 10 gigawatts de systèmes de stockage par batteries à grande échelle ainsi que le développement de stations de transfert d'énergie par pompage. Cette modernisation globale des réseaux doit permettre à la Thaïlande d'atténuer durablement sa dépendance au gaz, tout en amorçant une profonde recomposition de son paysage énergétique.

Sources :

* Ministère de l'Énergie de Thaïlande (Energy Policy and Planning Office - EPPO)
* Electricity Generating Authority of Thailand (EGAT)
* Rapports d'activité de PTT Public Company Limited et PTTEP
* Agence internationale de l'énergie (AIE / IEA), rapports sur le marché du gaz naturel et les transitions énergétiques en Asie du Sud-Est
* Energy Regulatory Commission of Thailand (ERC)
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