The "human touch", la touche humaine

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dreamman
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The "human touch", la touche humaine

Message par dreamman »

Les hommes politiques en Thaïlande ont-ils conscience de l’importance que représente la masse des chauffeurs de taxi, mototaxis et tuk-tuk à Bangkok ? « The Nation » et le « Bangkok Post » ont tous les deux fait des portraits très réalistes des chauffeurs de taxi dans leurs dernières parutions et je m’en suis fait l’écho dans mes billets : « Des hommes ordinaires » et « Nous sommes des hommes après tout ». Ils sont, pour la majorité, originaires d’Isan – pour ceux qui travaillent à Bangkok en tout cas, et ils sont un lien très fort entre la campagne et la ville, entre la cité moderne et le monde rural, en gros entre les plus riches et les plus démunis. Avec eux beaucoup d’idées circulent. Dans les deux sens.

Tout comme ils conduisent leurs engins, ils véhiculent des idées entre ces deux univers. A la ville pour l’argent (pai haa kin : aller chercher à manger) et au village, pour aider la famille à l’occasion des moissons ou du repiquage du riz.

C’est un peu différent à Chiang Mai. Ici les conducteurs de tuk-tuk sont des locaux et la conversation avec eux s’engage toujours avec beaucoup de liberté, surtout lorsque je m’adresse à eux en thaï, avec parfois des expressions locales qui les font rire. Le rire est encore - mais pour combien de temps - au bord des lèvres.


Hier, mon conducteur m’indique du menton le panneau numéro 10. Et, quittant un instant la route du regard (Oh non !), il me demande avec un clin d’oeil : « Tu l’aimes celui-là ? » Il s’agit d’Abbhisit, l’actuel Premier Ministre. Inutile de lui demander qui il aime, lui, il est pour celle qui est représentée par l’affiche numéro 1 (prémonition ?) Yingluck Shinawattra, petite sœur de Thaksin l’ex Premier Ministre chassé par un coup militaire en 2006. Et mon chauffeur martèle gaiement le nom « Thaksin », en tapant sur son volant.

- Pourquoi petit frère ? je demande.

-Tout était plus facile de son temps. L’essence coutait moins cher, il y avait du travail, il y avait davantage de touristes…

Évidemment les temps ont changé, mais c’est vrai dans le monde entier, sauf que « Ek le tuk-tuk » comme il s’appelle, ne s’intéresse pas à l’économie mondiale lui, sa vie c’est ici, en Thaïlande, à Chiang Mai. Dans son tuk tuk ou il dort souvent.

- D’autres raisons petit frère ? j’insiste.

- Thaksin avait le contact avec le peuple, il était à l’aise avec lui, pour parler avec lui.

J’éclate de rire. « Tu as vu les photos d’Abbhisit en train de jouer les fermiers dans une rizière. Cul serré, il est ridicule tant il est mal à l’aise avec le chapeau de paille qu’on lui a enfoncé sur la tête. Le chauffeur est heureux, je ne suis pas une inconditionnelle de l’ex étudiant d’Eton !

- Ça ne fait pas forcément un bon Premier Ministre de savoir parler aux gens.

Ici aussi on confond le show médiatique et la réalité. Mais Yingluck n’a encore rien fait. Que des promesses, comme les autres partis. Populistes. Comme les autres partis. Toutefois les pauvres savent, eux, que Thaksin est derrière sa petite sœur et qu’il a beaucoup d’argent et qu’il est prêt à l’injecter dans la société thaïe, si elle est élue. Alors ça, c’est du concret. Pas des mots en l’air.

Et puis Yingluck est comme son frère : à l’aise partout. En plus d’être jolie (et Dieu que ça compte en Thailande !), elle serre des mains chaleureusement, embrasse, se laisse prendre en photo et toucher par le « peuple », les gens simples, ceux qui viennent l’accueillir. Elle se conduit en sœur, en mère, en fille. Elle a l’« human touch ». A l’aise sans ostentation. Elle est en phase avec les gens.

« Et de quoi a besoin le peuple » ecrit un journaliste dans le Bangkok Post ? « D’un leader qui construise une nation avec tous ses citoyens, et non d’un politicien qui cherche par tous les moyens à survivre politiquement pour sa propre gloire et l’enrichissement de celui de sa famille » (mais au fait, Thaksin… il s’est enrichi comment ?)

Alors, qu’importe ! L’essentiel c’est de le faire avec « the human touch » !!!!

Arrivée à destination, « Ek le tuk-tuk » me donne sa carte : « Si tu as besoin de moi, appelle-moi » me dit-il. Lui aussi il a « l’human touch » avec ses clients !


Image
Ek le tuk-tuk entre deux hypothetiques courses.

http://www.lepost.fr/article/2011/06/20 ... maine.html
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