Les Thaïlandais se ruent sur l'or : est-ce que ça pourrait être intéressant pour nous, Européens ?

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dreamman
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Les Thaïlandais se ruent sur l'or : est-ce que ça pourrait être intéressant pour nous, Européens ?

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Image d'illustration avec IA






Une fièvre acheteuse à Bangkok

À Bangkok comme dans les provinces du royaume, la scène se répète dès que les cours mondiaux vacillent : devant les vitrines rouge et or des échoppes de quartier, des files d'attente se forment sur le trottoir. Avec le récent décrochage des marchés internationaux sous la barre des 4 110 dollars l'once, le prix local de l'or a brutalement chuté de 1 700 bahts par unité de mesure. Pour les Thaïlandais, le réflexe est instantané : on se précipite pour acheter.

Face à de telles scènes de ruée et à des prix qui semblent si attractifs, la question se pose naturellement pour un voyageur ou un investisseur européen : faut-il céder à la tentation et profiter de cet engouement ?

Pourquoi une telle frénésie en Thaïlande ?

Pour comprendre cette agitation, il faut saisir la place unique qu'occupe le métal précieux dans le pays. En Thaïlande, l'or n'est pas un luxe ostentatoire, c'est un livret d'épargne populaire.

D'abord, les coûts de fabrication sur les bijoux y sont minuscules. En boutique, vous payez quasiment le poids brut du métal, sans marge de marque exorbitante. Ensuite, la liquidité est totale : n'importe qui peut revendre son collier ou son bracelet dans l'heure, dans n'importe quelle ville, contre du liquide immédiat et avec une décote minime de seulement 2 à 4 pour cent par rapport au cours officiel. Dès que le prix recule, les ménages achètent pour moyenner leur prix de revient et protéger leurs économies contre l'érosion monétaire.

Le piège de l'or thaïlandais pour un Européen

Vouloir imiter les locaux et ramener cet or en Europe paraît séduisant sur le papier, mais l'opération vire très vite au piège financier.

Le premier écueil concerne la qualité du métal. L'or thaïlandais standard affiche une pureté de 96,5 pour cent (environ 23,16 carats). Ce standard n'existe pas dans le commerce européen, qui ne jure que par le 18 carats (75 pour cent) pour les bijoux et le 24 carats (99,99 pour cent) pour les lingots d'investissement. Si vous présentez un bijou thaïlandais à un comptoir à Paris, Bruxelles ou Genève, aucun professionnel ne vous le reprendra au prix fort. Il sera acheté au tarif déclassé de la fonte, avec une lourde décote de 15 à 25 pour cent pour couvrir les frais de raffinage chimique.

Le second écueil est fiscal. Aux yeux des douanes européennes, ces pièces ne sont pas de l'or d'investissement exonéré, mais de la bijouterie importée. Au-delà de la franchise légale de voyage (430 euros par voie aérienne), vous devez déclarer votre or à la douane et vous acquitter de la TVA locale (20 pour cent en France), ce qui détruit instantanément le bénéfice de votre achat.

Vendre de l'or européen en Thaïlande : gare aux désillusions

Si vous envisagez le chemin inverse en partant avec de l'or européen pour le revendre sur place, l'opération dépend entièrement de ce que vous avez en main.

Pour les bijoux européens en 18 carats, la démarche est désastreuse. Les échoppes traditionnelles thaïlandaises refusent purement et simplement ce métal étranger car leurs balances et barèmes ne sont étalonnés que pour le 96,5 pour cent. Les rares prêteurs sur gage qui accepteront d'en discuter vous appliqueront une décote punitive de 30 à 40 pour cent par rapport à la valeur intrinsèque de l'or.

Pour les lingots 24 carats certifiés aux normes internationales (LBMA), la transaction est tout à fait possible, mais uniquement auprès des grands comptoirs spécialisés du quartier chinois de Bangkok (comme Hua Seng Heng ou MTS Gold). Une boutique classique de quartier refusera votre lingot car elle ne sait manipuler que l'unité locale, le baht d'or (15,244 grammes), et n'a pas de clientèle pour des lingotins calibrés en grammes ou en onces.

La réponse : comment en profiter intelligemment ?

Alors, cet engouement thaïlandais est-il une opportunité pour nous ?

La réponse est claire : ne copiez pas leur support physique, mais inspirez-vous de leur méthode.

Acheter lors d'un creux de marché reste un excellent réflexe pour renforcer son patrimoine face aux incertitudes mondiales. Une allocation de 5 à 10 pour cent de ses actifs dans l'or permet de stabiliser un portefeuille, surtout si l'on prend soin d'entrer progressivement pour lisser son prix d'achat.

Toutefois, pour un Européen, la rentabilité impose de rester sur les standards de son propre continent :

* Les lingotins 24 carats (99,99 pour cent) certifiés LBMA et les pièces boursables reconnues (Napoléon, Souverain, Krugerrand), qui bénéficient d'une exonération totale de TVA à l'achat et d'une revente instantanée sans décote de pureté partout dans le monde.
* Les fonds indiciels adossés à l'or physique pour ceux qui souhaitent s'affranchir des contraintes de transport et de coffre-fort.

L'or thaïlandais n'est une bonne affaire que si vous vivez sur place et consommez en bahts. Pour tous les autres, la véritable opportunité consiste à profiter de la baisse mondiale, mais avec les règles du jeu européennes.

Sources, Gold Traders Association (GTA), Hua Seng Heng, MTS Gold et YLG Bullion, London Bullion Market Association (LBMA), COMEX / CME Group
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