Un discours qui ne tombe pas de nulle part. Selon Carool Kersten, il s'agissait pour Susilo Bambang Yudhoyono de saisir une occasion qui permettrait à l'Indonésie de se distinguer sur la scène internationale. "Cette déclaration fait partie d'une stratégie globale, explique le professeur. Le président souhaiterait faire de son pays un trait d'union entre l'Occident, l'Asie et le monde musulman", précise-t-il.

Le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono a rencontré Hillary Clinton à la veille de l'assemblée générale de l'ONU qui s'ouvre mardi à New York. © BAY ISMOYO / AFP
Pragmatisme
Pour cet universitaire, le discours viserait également à détourner l'attention des problèmes liés au non-respect des droits de l'homme en Indonésie. "Le pays a été épinglé par la Commission des droits de l'homme des Nations unies pour les abus liés à ses propres lois anti-blasphème, ironise le spécialiste britannique. Ces dernières ont été jugées cruellement discriminatoires à l'encontre des minorités religieuses, notamment chiites et ahmadis - une secte de l'islam -, ou des athées."
Si l'Indonésie était jusqu'à présent réputée pour sa tolérance à l'égard des différentes cultures qui composent son patrimoine, la chute du dictateur Suharto en 1998 combinée à l'influence croissante de l'Arabie saoudite sur ses thèses religieuses a favorisé une interprétation et une pratique de plus en plus rigoriste de l'islam. "La chute de Suharto a permis l'ouverture d'un processus démocratique, mais cela a également permis aux factions religieuses d'imposer leurs principes dans la sphère publique. Aujourd'hui, les lois sur le blasphème montrent à quel point, en Indonésie, celle-ci est polarisée autour des valeurs islamiques", conclut Carool Kersten.
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