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Le premier pilote dans le ciel siamois était Belge mais un peu Français également

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Photo : Wikipedia

Le premier pilote dans le ciel siamois était un Wallon aux racines limbourgeoises (titre original).

J’ai un faible pour les premiers pionniers de l’aviation, « ces hommes magnifiques dans leurs machines volantes ». Les casse-cou dans leurs frêles cercueils, qui n’étaient en fait rien d’autre que des cadres en bois recouverts de toile et maintenus par quelques câbles de tension et une poignée de boulons. L’un d’entre eux était Charles Van den Born. Il était né le 11 juillet 1874 à Liège dans une famille petite-bourgeoise aisée. Son père, Eduard Van den Boorn, originaire de Gronsveld près de Maastricht, avait supprimé un o du nom de famille pour lui donner un cachet plus français…..

Eduard Van den Born était un musicien talentueux qui a obtenu le Premier Prix de Piano au Conservatoire de Liège. Il devient, pour sa plume souvent très acérée, le critique musical redouté de La Meuse, à l’époque un grand quotidien wallon. Son cercle d’amis comprenait Richard Wagner et Franz Liszt. Le fils Charles, contrairement à son frère cadet Emile, n’a pas choisi une carrière artistique mais est devenu cycliste. Un sport en plein essor qui a connu une popularité fulgurante en Belgique à la fin du XIXe siècle.

Entre 1895 et 1908, malgré son âge avancé, il se profile comme l’un des meilleurs cyclistes sur piste européens et un sprinter extrêmement rapide. Il a tourné dans toute l’Europe et ce double champion européen a manqué de peu le titre mondial à trois reprises. Au milieu de la saison cycliste 1909, après avoir rencontré l’ancien cycliste Henri Farman, il a soudainement changé de cap. Farman avait commencé à produire des avions avec un certain succès et offrait à Van den Born, fatigué par la vitesse, la possibilité de prendre des leçons de vol avec lui. Le 8 mars 1910, il obtient son brevet de pilote français avec le n° 37. Elle a été suivie le 31 mars par sa licence belge qui portait le numéro 6.

Après avoir obtenu ses licences de pilote, il se révèle si doué qu’il peut presque immédiatement commencer à travailler pour le constructeur d’avions Henri Farman en tant que pilote d’essai et instructeur de vol. A la petite école de Bouy près de Chalons, Van den Born a formé les deux premiers pilotes militaires français, le capitaine Cammerman et le lieutenant Féquant, entre autres, et a formé les pionniers de l’aviation civile, Béaud, Zorra et Cheuret, le capitaine britannique Dickson et le néerlandais Wynmaelen.

Dans le but d’élargir leurs marchés, plusieurs constructeurs d’avions britanniques, américains et français se sont concentrés sur l’Asie du Sud-Est au cours de la même période. Dans une course contre la montre, leurs pilotes ont tenté d’effectuer des vols au-dessus des principales villes le plus rapidement possible, s’appropriant ainsi l’espace aérien. Charles van den Born est chargé de cette mission en octobre 1910 et est envoyé par bateau à Saigon avec trois avions Henri Farman IV, qui peuvent être démontés en huit parties. Ce port colonial français, avec le soutien actif de la Ligue Nationale Aérienne Française ainsi que de l’épouse d’Antony Vladislas Klobukowski, le gouverneur général d’Indochine, deviendra la base de sa campagne de promotion dans la région.

Le 15 décembre 1910, il décolle de l’hypodrome de Pho Tho de Saigon, avec un moteur qui crache légèrement, pour effectuer le premier vol jamais réalisé au-dessus du territoire asiatique. On estime que 100 000 spectateurs ont assisté à ce vol historique. Au départ, il avait l’intention d’effectuer plusieurs vols au-dessus de Singapour, mais les autorités de ce pays lui avaient interdit de le faire. Ils l’ont fait parce qu’ils n’ont pas accordé cet honneur à un avion fabriqué en France.

À la mi-janvier 1911, Van den Born, qui avait entre-temps été renforcé par deux mécaniciens qui avaient voyagé après lui, arrive à Bangkok. Le 31 janvier, en présence du roi Rama VI, il a décollé du Royal Bangkok Sports Club à bord de son biplan Henri Farmann IV « Wanda ». À nos yeux, l’un de ces Farmans peu préservés a l’air aussi préhistorique qu’un dinosaure, mais pour les foules ébahies qui s’étaient rendues dans la capitale siamoise pour le spectacle, cet avion était l’incarnation même de la modernité et de l’ingéniosité technique. Des dizaines de milliers de personnes sont venues s’émerveiller devant le premier avion au-dessus du Siam. Et que la performance de Van den Born s’est déroulée sous un intérêt massif est confirmé dans un extrait de journal que j’ai trouvé. Cora Lee Seward, l’épouse du chargé d’affaires américain Hamilton King, a écrit dans son journal intime le 31 janvier 1911 : « …à la rencontre d’aviation au Club des sports. Il y avait une grande foule. Nous avons apprécié de rencontrer de vieux amis autant que de voir M. van der Born voler dans son biplan. Il s’est élevé magnifiquement et est redescendu gracieusement, mais à cause du vent, il n’a pas duré longtemps. Il a effectué plusieurs vols avec un seul passager à la fois. Nous sommes partis avant le dernier vol pour échapper à la foule.

Van den Born aurait fait une semaine de démonstrations au-dessus de Bangkok et ses trois avions auraient été exposés pendant trois semaines à l’hippodrome de Sa Pathum. Van den Born serait directement à l’origine de la création de l’armée de l’air thaïlandaise. En effet, le roi Rama VI était tellement impressionné par les astuces de Van den Born qu’il a envoyé trois officiers en France le 12 février 1912 pour être formés comme pilotes. Après avoir obtenu leurs licences de pilote, le trio retourne à Bangkok en novembre 1913. Ils ont apporté avec eux 4 avions Breguett et 4 Nieuports IV qui ont formé la base de l’armée de l’air thaïlandaise.

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La réplique du Farman de Van den Born dans le terminal passagers de l’aéroport de Hong Kong.(DAN SCANDAL / Shutterstock.com)

La dernière partie de son voyage a conduit Van den Born en Extrême-Orient. Il arrive à Hong Kong à bord du S.S. Doria fin février 1911 avec ses trois biplans démontés. À Hong Kong, cependant, ils ont réagi avec beaucoup de réticence à la demande de Van den Born de faire une démonstration de vol, par crainte d’un éventuel espionnage. Ce n’est qu’après de nombreuses négociations avec les autorités, après l’intervention de quelques hommes d’affaires importants, qu’il a finalement obtenu la permission d’effectuer un premier vol au-dessus de la ville depuis une plage près de Sha Tin, en fin d’après-midi le 18 mars. Une réplique du Farman de Van den Born est accrochée dans le terminal passagers de l’aéroport de Hong Kong depuis plusieurs années, en hommage à ce pionnier de l’aviation. Il a terminé son « Grand Tour » asiatique par de nouvelles démonstrations de vol très suivies à Canton et à Macao.

Pendant la Première Guerre mondiale, Van den Born a dirigé l’une des écoles de la Force aérienne belge en France. Après la guerre, il retourne en Indochine où il participe à la construction de l’aéroport de Saigon et dirige une plantation dans les années 1930. En décembre 1936, il est naturalisé français en reconnaissance de ses services rendus à la nation française… Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est capturé par les Japonais et torturé par la police militaire japonaise, la Kempeitai. Il survit cependant à sa captivité et rentre en France malade et ruiné pendant la guerre d’Indochine.

Charles Van den Born est décédé en 1958 à la Maison de Retraite des Médaillés de l’ordre de la Légion d’Honneur au Château St-Val à St Germain-en-Laye, France.

Article original par Lung Jan, https://www.thailandblog.nl/achtergrond … gse-roots/

dreamman

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